Histoire

Villedieu-le-Château, petit village du Nord-Ouest du Loir-et-Cher, est habité par 416 habitants (selon le recensement de l'INSEE du 1er janvier 2011), appelés les Casthéopolitains et Casthéopolitaines.
Jusqu'aux années 1970, le calendrier des postes dénombrait encore 761 âmes à Villedieu.
Outre les commerces habituels, dont les incontournables cafés, tous les métiers artisanaux y étaient exercés des plus communs (charpentiers, menuisiers, cordonnier...) jusqu'aux plus rares (Ferblantier, bourrelier, charron....)

Ce bourg, au passé peu commun est bâti au fond d'une gorge ouverte, à travers le plateau qui suit la Vallée du Loir. Il offre sur les coteaux qui la dominent à l'ouest et à l'est un coup d'œil pittoresque.
Se détachent d'un groupe de maisons assez compact, les ruines importantes d'un prieuré bénédictin, transformé par la suite en château-fort (sous le règne du roi Charles V 1364 - 1380) tout en restant prieuré, d'où le nom actuel de Villedieu-le-Château.
Ce prieuré est construit sur un mamelon qui resserre en cet endroit le vallon arrosé par un ruisseau, le "Niclos" dont la source appelée jadis "Fontaine Boisson ou Roisson" porte aujourd'hui le nom de "Bouillante".

Villedieu à travers les siècles

Au IXème siècle

C’est au IXème siècle que sont retrouvés des textes de l’histoire de Villedieu-le-Château. Saint Aldric, Evêque du Mans, a fait défricher la forêt de Gâtines pour y installer des fermes modèles et l’une d’entre elle serait à l’origine du bourg.

Il fit également élever une digue sur le « Niclos » pour y établir un étang et après la cascade, le cours d’eau a été détourné pour alimenter le Moulin de Grousteau avant le 1er Millénaire.

Mais à la fin du IXème siècle, l’invasion des Normands ruinait la région et ils dévastèrent les exploitations agricoles. Ce qui conduit les grands propriétaires à se défendre eux-mêmes.
Contes, Evêques, Abbés entourèrent leurs demeures, leurs cités et leurs abbayes de fossés, de talus parfois dominés par une tour.
En cas de danger, les biens et les personnes y étaient en sécurité.

Les moines bâtissent une première chapelle. Les vestiges de cette chapelle Saint Laurent sont visibles dans le cimetière de Villedieu-le-Château.

Les terres de Gâtine passent en possession des Comtes de Vendôme.

Au XIème siècle

Geoffroy Martel, Comte de Vendôme, continua le défrichement et fit construire dès 1035 une chapelle Notre Dame à une nef sur un mamelon qui domine le cours d’eau.
C’est d’ailleurs à cette époque que l’on découvre la Fontaine Boisson ou « Fons Boissoni » qui est liée à l’acte de fondation en 1037 de la Chapelle de Villedieu.

Geoffroy Martel fait aussi don à l'Abbaye de la Trinité de Vendôme de terres et de la chapelle Saint Laurent afin que l'abbaye puisse y établir des étangs spacieux. S'ensuivent d'autres dons de terres qui s'ajoutent à la construction du Prieuré pour permettre la construction des moulins et des maisons (3 moulins sur le Niclos après la digue : Bois Neuf, Grousteau et Peau d'Oie.)

Aux XIIème et XIIIème siècles

Geoffroy Grisegonnelle, comte de Vendôme accorde au Prieuré le droit de prendre du bois pour le chauffage et la construction en forêt de Gâtines et donne terres et bois jouxtant le Prieuré.
Jean 1er, comte de Vendôme puis Jean V firent don de bois, vignes et forêts entre Villedieu et Ternay.

Les moines agrandissent l'église du Prieuré, au cours du XIIème siècle, avec trois nefs :
 - une nef est conservée par les moines pour rester la chapelle du Prieuré
 - la nef centrale devient paroissiale sous le vocable de Saint Jean-Baptiste
 - la 3ème nef est consacrée à Saint-Eutrope

Pendant une période contemporaine à l'agrandissement du Prieuré de Villedieu-le-Château, non loin de là :

Philippe Auguste, roi de France (de 1180 à 1223) tente de déloger Richard Coeur de Lion, fils du roi d'Angleterre Richard II, établi à Trôo en 1188. Pour ce faire, Philippe Auguste s'installe dans le donjon de Lavardin mais abandonne vite Montoire pour défendre les frontières menacées de Normandie.
Richard Cœur de Lion en profite pour quitter la forteresse de Troô et s'empare de Montoire-Lavardin. En 1189, les hostilités s'intensifient entre Richard II et Philippe Auguste. Richard II est vaincu et abandonné de ses enfants. Il meurt en 1189 et la paix se rétablit d'elle-même.

Au XIVème siècle

Du fait de son importance, en 1327, l'évêque du Mans décide de faire relever l'abbaye directement du Saint Siège, privilège approuvé en 1343 par une bulle du Pape Clément VI et cela malgré les dommages subis par un incendie en 1327.

Le prieuré de Villedieu-le-Château et la Guerre de Cent Ans :

Les causes de la guerre de Cent ans reposent sur des rivalités entre les rois de France et d'Angleterre.
En 1362 des hordes de Gascons et d'Anglais s'établissent à Trôo occupant également La Chartre-sur-le-Loir pendant de nombreuses années.
En 1379, Louis, duc d'Anjou et frère du Roi Charles V, commande de fortifier le Prieuré en élevant une muraille qui englobe Prieuré et maisons.
On parle alors de « Château » dont la hauteur de muraille s'élève à 12 mètres.

Le Prieuré est entouré d'eau et clos en partie mais la guerre se poursuivant, il est donnée une autorisation de continuer la fortification.

Murs, ponts, fossés se poursuivent.
La tour ouverte est ensuite construite dans l'angle ouest de la muraille. En pierre de taille, elle dépasse la muraille.
A l'intérieur, deux planchers permettent de desservir les systèmes de défense (avec des canonnières sur les 3 côtés de la tour).

A la façade Est, les douves et fossés étaient suffisants pour protéger le prieuré. Alors fortifié, le prieuré est pourvu d'un gouverneur.

Au XVème siècle

En 1425, Villedieu est occupé par Pierre de la Châtaigneraie, capitaine de 25 lances et 30 archers pour s'opposer aux Anglais.
Au XVème siècle, l'abbé Louis de Crevant, abbé de la Trinité et de Vendôme, se décide à démolir l'église du prieuré qui tombait en ruines et n'en conserve que le chœur qui devient Chapelle du Prieuré sous le vocable de Notre-Dame de Pitié.

En 1492, l'abbé Louis de Crevant décide la construction de l'église paroissiale qui est terminée en 1493 et consacré le 18 octobre 1493 par l'évêque du Mans (inscription de la consécration au-dessus de la porte latérale).

Au XVIème siècle

La guerre entre catholique et protestant fait rage.
Henri 1er, dit Henri IV, Roi de France et de Navarre, protestant est le 25ème seigneur de Montoire de 1589 à 1598. Les protestants entravant le culte des églises catholiques et la mention de la présence des gendarmes est souvent citée dans les actes.

En avril 1589, le château de Villedieu fut attaqué par Maillé de Bénéhart, gouverneur du Vendômois pour la Ligue. La résistance fut telle sous le commandement d'un gentilhomme du pays, Charles bigot (fidèle au Roi), que maillé de Bénéhart dut lever le siège.

Après la capitulation de Vendôme le 21 novembre 1589, M. de Bénéhart est exécuté. Le roi Henri IV capture Montoire le 22 novembre. Le 23, passant par Tréhet, pour se diriger sur le Maine, Henri IV vit arriver à lui Charles Bigot avec les braves défenseurs de Villedieu. Il fut félicité par le Roi pour sa vaillance et Henri IV nomma officiellement Charles Bigot gouverneur de Villedieu.

En 1593, Henri IV devient catholique ce qui met fin à la Ligue qui n'a plus de raison d'être.

La région connaîtra une période plus sereine jusqu'à la Révolution.

Au XVIIIème

Dans la nuit du 4 août 1789, tous les droits féodaux sont abolis. Cela entraîne l'annulation des droits féodaux et titres honorifiques que possédait la marquise de Querhoent. Elle n'est plus marquise du marquisat de Montoire et en Villedieu, elle n'est plus que châtelaine en tant que propriétaire du Château de la Ribochère.
Le bail emphytéotique sur le Prieuré de Villedieu qui devait prendre fin en 1804 se trouve annulé. La marquise de Querhoent, veuve sans enfant, qui était donc usufruitière des biens du prieuré, se pense plus en sûreté en son hôtel de Paris. Recherchée par les rabatteurs de la République, elle est arrêtée sur dénonciation et après un procès expéditif, condamnée à mort et guillotinée le 26 juillet 1794, avec la princesse de Monaco et 29 autres femmes.

Les biens de la Trinité dont Villedieu furent vendus comme bien national le 16 novembre 1793.

Quelques personnages célèbres ont séjourné à Villedieu-le-Château ou dans les environs

  • Saint Eutrope
    Eutrope est originaire de la Chaldée (Perse, Iran) est contemporain de Jésus. Il se convertit à sa prédication. Après la mort du Christ, il fut envoyé par Saint Pierre, en Gaule, et évangélisa la ville de Saintes. Ayant converti la fille du gouverneur de la Province, appelée Eustelle, celui-ci le fit mettre à mort.
    Un coup de hache lui brisa le crâne et c'est un morceau de ce crâne qui fut amené dans le Vendômois par Geoffroy martel. Eutrope est mort vers l'an 80 de notre ère.
    Sainte Eustelle, sa pénitente, subit à peu près le même sort que lui.
    Une chapelle fut édifiée pour continuer le culte de Saint Eutrope dont les reliques étaient dans une nef du prieuré, ceci pour la tranquillité des moines.

    Pour Hélène Vidgrain, de l'association Atelier Cassereau (voir la rubrique « Associations ») :
    « On peut voir sur une maison d'habitation près du prieuré les traces d'une ouverture gothique qui laisse penser qu'il s'agissait de la chapelle édifiée pour Saint Eutrope. »

    Une bulle du pape Clément VII prouve qu'il existait en 1396 à Villedieu une chapelle contenant les reliques de Saint Eutrope (quelques ossements et une tunique tâchée de sang).
    En 1402, ces reliques furents transférées à Vendôme et de ce fait le culte alla en décroissant.

  • Claude-Nicolas Leclerc
    Né et baptisé le 25 juillet 1738, à Ville-Dieu-en Beauce, (devenu de nos jours Villedieu-le-Château). Il meurt le 22 novembre 1808, à Villedieu. Avocat au Parlement de Paris, juge de paix, député suppléant à l'Assemblée nationale législative (Première République), accusateur public, député à la Convention montagnarde, à la Convention girondine, secrétaire de la Convention, député au conseil du Conseil des Cinq-Cents, puis secrétaire du Conseil des Cinq-Cents.

  • Chevalier du Pont Bodin, Elevé chevalier par Henri 4
  • Saint Jacques de Compostelle aurait séjourné à Artins
  • En 1902, M. l'abbé Charles Ribour, originaire de Villedieu, ancien aumônier de la Marine, fait donation d'une "horloge à carillon"
  • Pierre Salinger, Porte parole à la Maison Blanche de Kennedy a séjourné à Villedieu-le-Château

Remerciements aux associations de Villedieu-le-Château pour leur contribution.
Des randonnées commentées du village sont organisées tout au long de l'année : renseignements à la rubrique "Associations"

carte postale de Villedieu-le-ChâteauCarte postale de Villedieu-le-Château

bourg de Villedieu-le-ChâteauLe bourg vu en hauteur

* Achille de Rochambeau, 1889, Le vendômois épigraphie et iconographie

* Abbé Poussin, 1874, Notre dame de Villedieu et son pèlerinage

* Louis-Alfred Hallopeau, Le Bas-Vendômois de Montoire à la Chartre-sur-le-Loir. Excursions sur les rives du Loir et de la Braye. Au pays du poète Ronsard, La Chartre-sur-le-Loir, impr. Moire, 1906.

* Raoul de Saint-Venant, Dictionnaire topographique, historique, biographique, généalogique et héraldique du Vendômois et de l’arrondissement de Vendôme, Blois, Migault, Vendôme, Rouilly et Chartier, 1912-1917, 4 t. [numérisé sur le site Internet de la SAV]

* Daniel Schweitz, L'Identité traditionnelle du Vendômois : des travaux d’érudition locale à la reconnaissance d’un pays de la Vieille France (XVIIIe-XXe siècle), Vendôme, Éditions du Cherche-Lune, 2008

* Jean Forestier, Michel Coutenceau, Jean-Claude Guinot, 1972, "Villedieu-le-Château en vendômois"

André Motheron, 1991, "Le Bas-Vendômois", histoire et archéologie, 2 tomes

* Le Comité départemental du patrimoine et de l'archéologie en Loir-et-Cher, 1995, "Patrimoine dans votre commune", n°8,

* Quelques mentions dans l'ouvrage de Dominique Barthelemy, 1995, "La société dans le Comté de Vendôme de l'an mil au XIVème siècle"

* Thierry Ribaldone, 2004, "Le prieuré-forteresse de Villedieu-le-Château"